Livres : Chaland

Cœurs d'acier - coffret 1990

Cœurs d'acier - coffret 1990

Les planches

Yves Chaland est un auteur à part dans le monde de la bande dessinée. Il prend la production franco-belge de l’âge d’or pour prétexte à sa propre création, s’inspire largement de la manière de Tillieux, de Franquin ou de Jijé, mais les histoires qu’il construit, soit en solo soit avec la complicité de Yann, son parfaitement crédibles. En 1982, lorsqu’il fut question de trouver un remplaçant à Fournier pour la suite des aventures de Spirou et Fantasio, plusieurs essais furent tentés. Chaland s’amusa à réaliser en noir et blanc, sur une demi-page hebdomadaire, une aventure qui s’inspirait largement de l’esprit et du dessin de Jijé, le deuxième animateur de Spirou et le créateur de Fantasio.

Cette histoire merveilleusement rétro installait les deux personnages dans une Afrique farfelue comme savait la dépeindre Jijé dans « Le Nègre blanc » ou Franquin lorsqu’il nous emmenait sur l’île des Lilipangus et des Lilipangués. Tous les clichés européens des années cinquante se retrouvaient dans « Cœurs d’Acier », avec une charge corrosive particulièrement savoureuse.

On y apprend incidemment que Fantasio est né le 3 avril 1920 à Marcinelle et Spirou, le 5 mai 1924 à Bruxelles. On s’y retrouve confronté à un robot irascible qui n’est pas sans rappeler le robot Radar du professeur Samovar. Notons au passage que ce robot-ci est doté d’un sifflet métallique. Pas un sifflet pour faire « tûûût » mais un sifflet parce que c’est un robot garçon. D’ailleurs, il s’appelle Samson.

Le trait de Chaland est immédiatement identifiable. Que ce soit dans les aventures de Freddy Lombard, personnage dont la houppe blonde et le nom sont aussi révélateurs qu’une carte d’identité, avec Adolphus Claar, héros « moderniste », Bob Fish ou encore le jeune Albert, personnages insérés dans une Belgique aussi fantaisiste que l’Afrique de « Cœurs d’Acier », on retrouve sa marque de fabrique.

Le deuxième volume de ce récit est encore un énorme clin d’œil. Il ne s’agit plus, comme dans le premier tome, d’une bande dessinée en bichromie mais d’une histoire écrite par Yann, joyeux iconoclaste s’il en est. Les dessins de Chaland qui l’illustrent sont des chromos en couleur collés comme dans des albums Artis.

Voilà pour le récit et l’auteur.

Voyons à présent le contenant car il a une importance évidente. Les deux albums, imprimés sur un superbe papier crème, se présentent sous une couverture cartonnée, au dos toilé, au format à l’italienne ; les deux volumes sont insérés dans un boîtier. L’ensemble est tiré à 1.000 exemplaires signés et numérotés. C’est dire qu’il s’agit d’un bel objet, précieux… et onéreux (environ 2.500 francs belges). »

Robert Rouyet dans « Le Soir » du 20 mai 1990

Auteurs