Estampes : Berthet

"Un soir à l’Atomium" - Philippe Berthet

"Un soir à l’Atomium" - Philippe Berthet

UN SOIR A L’ATOMIUM AVEC PHILIPPE BERTHET

Le dessinateur de "Pin Up" est un redoutable croqueur de dames. Mieux, il dispose d’un sens de la composition graphique qui lui permet d’intégrer, avec équilibre et force, la Belle, la Vespa, les 1001 pavés et, bien sûr, l’Atomium. Une image servie par une mise en couleurs douce et raffinée.


Le dessinateur du « Privé d’Hollywood (scénario : Bocquet-Rivière) maîtrise au mieux le climat particulier des années quarante et cinquante. Même si sa zone d’exploration est américaine, chacun est convaincu qu’il pourrait ancrer ses récits dans l’Europe de la même époque. D’autant que celle-ci avait de nombreux rêves américains ; et l’Atomium, symphonie métallique dédiée au progrès, était l’un d’eux. « Avant de représenter une molécule d’atome, il est d’abord notre tour Eiffel à nous, explique le dessinateur de « Pin Up ». Avec 1515, bataille de Marignan, 1958 est une des rares dates qui évoque quelque chose pour moi. Il témoigne non seulement de l’ « Atome mania » qui régnait dans le monde, mais reste avant tout une sculpture résolument moderne. »

Rien de plus étonnant pour Philippe Berthet que les ambassadeurs du « style atome » en terres de bande dessinée se nomment André Franquin (qui aurait sans doute détesté être cloisonné dans une époque précise, surtout passée) et Yves Chaland (« Bob Fish », « Freddy Lombard » et le « Jeune Albert ») l’homme qui approcha au plus près le Saint Graal d’une ligne claire modernisée. « Franquin en a été le précurseur, précise Berthet, et Chaland, celui qui en a le mieux restitué l’esprit. J’ai le sentiment que ce « style » est mort en même temps (1990) que son représentant le plus zélé. »

Si le dessinateur de « Pin Up » est du genre à oser relever tous les défis, il confie, à propos de l’Atomium, que « c’est un thème « inspirant » de par la richesse des images qui s’y rattachent, mais « paralysant » pour les mêmes raisons. » Il découvre alors une de ces évidences qui aiment se dérober au regard. « L’Atomium, c’est d’abord le cercle, donc la courbe. Il me semblait que représenter une jeune femme en Vespa ( véhicule-icône de l’époque, et tout en rondeurs) était pertinent. Restait à l’inscrire dans un décor. Ces pavés dodus et les courbes de ces flaques d’eau typiquement belges se sont rapidement imposés. Libre à chacun d’imaginer comment cette touriste germano-hollandaise, habillée à Paris et chevauchant une moto italienne est amenée à découvrir l’Atomium, mais elle évoque d’emblée une allégorie de l’Europe naissante. »

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