À l'occasion de la parution de "Brüsel", le quatrième volet du cycle des "Cités obscures", François Schuiten a réalisé une lithographie originale. Schuiten a travaillé plusieurs jours à l'atelier pour dessiner les calques destinés à être reproduits sur les plaques La volonté de l'auteur et de l'éditeur a été, dès le départ, de s'insurger contre les "fausses" lithographies (limpression quadri tramée rehaussée, au mieux, par quelques passages couleurs) qui encombrent le marché de l'imagerie BD. Pour des raisons évidentes If & $1. certains entretiennent, à propos de la lithographie, la grande confusion offset (souvent)- sérigraphie (parfois) -lithographie (jamais!). L'image "Brüsel" permet à l'amateur d'images de découvrir une vraie lithographie. Mais, surtout, il s'agit sans doute d'une image-tournant dans la carrière de Schuiten.
En quoi était-il important pour François Schuiten de faire une vraie lithographie?
François Schuiten : Les deux expériences précédentes m'avaient fasciné tout en me laissant un goût d'insatisfaction. Je savais désormais qu'une lithographie ne pouvait se concevoir que s'il y a une intervention de l'artiste. D'où cette volonté de changer la procédure en "mettant la main à la pâte".
Comment cette expérience "totale" s'est elle déroulée?
François Schuiten : Le fait de collaborer avec Alexis, un artisan lithographe qui travailla avec Braque, Chagall, Léger et Dali, a été extraordinaire. L'échange avec cet hyper-professionnel fut passionnant. On modifie très vite sa façon de travailler parce que, en lithographie, tel rendu passe mieux qu'un autre. J'ai essayé d'utiliser cette technique pour ce qu'elle pouvait offrir de spécifique Ifi¬nesse des coloris, texture du crayon lithographique .. .!. Et puis, surtout, on parvient à obtenir une matière et une délicatesse impossibles à restituer en offset ou en sérigraphie. Toute l'image avait été conçue en fonction des données.
Cette image pourrait presque être, à part la panne, une image publicitaire pour le projet urbanistique de De Vrouw !
François Schuiten : À priori non, mais pourquoi pas? Peut-être s'agit-il d'un quartier épargné de la ville ... Dans l'esprit de Benoît Peeters et moi-même, Brüsel a toujours été une ville à part dans les "Cités Obscures". Elle était déjà un petit peu présente dans "L'Archiviste" et dans "La Route d'Armilia". À chacune de ses apparitions, Brüsel offre une image différente. C'est la force d'une ville que d'avoir des facettes différentes. Ceux qui connaissent Bruxelles comprendront...
En quoi la lithographie "Brüsel" est·elle différente de vos autres images?
François Schuiten : C'est une tentative de chercher une occupation de l'espace plus abstraite et moins classique. Tout en intégrant des références BD : les voitures, l'anecdote de la panne ... La façon dont l'espace est compartimenté est différente de ce que je fais d'habiiude. Si elle est peut-être moins directement spectaculaire que certaines autres de mes images, elle a une organisation que les gens découvriront petit à petit. De même pour le jeu subtil des couleurs que la litho a merveilleusement traduit. Cette relative "rupture" se situe dans la lignée de mon dernier album "Brüsel". Comme pour ce dernier, certains se diront que le ton est différent. Le passage de la clinique prend par exemple une direction graphique différente. Chaque album essaye d'avoir son enjeu graphique spécifique. Avec le temps, les choses se mettent en place. Pour moi, le fait d'avoir participé totalement à l'élaboration de cette lithographie "Brüsel" a été un nouvel enjeu.