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Un été fatal

Un été fatal

Comme Hitchcock (remember Grace Kelly), Giardino aime donner à ses héroïnes une apparente froideur. Les courts récits de «Vacances fatales » (Editions Casterman) restent exemplaires. En quelques pages, Giardino construisait une nouvelle passionnante. La femme hésite entre le rôle de la proie sexuelle et celui de la grande manipulatrice. A chaque fois, le piège se referme. Mortel. «Un été fatal » est quiétude. Le paradis sur terre fait sérigraphie. Pourtant, le mystère Giardino s'empare du spectateur. D'où vient cette femme trop belle pour être sereine ? Que lit-elle ? Les lunettes (de soleil ?) lui appartiennent-elle ? L'amateur de belles estampes se transforme en raconteur d'histoires fatales. La preuve:

« On ne les dérangerait pas. En mettant les choses au pire, il avait une heure devant lui. Ensuite, elle se glisserait jusqu'à la plage en contrebas. Et même alors, il ne serait pas trop tard. C'était le sixième jour. C'était le dernier jour. Une vague de tristesse montait en lui mais il n'avait ni inquiétude ni impatience. Pour évacuer cette émotion, il s'imagina à la place du lézard sous la table, puis du verre qu'elle allait caresser distraitement, sans inter¬rompre sa lecture. Les lunettes abandonnées lui rappelaient cette intimité qu'il observait parfois, ces femmes livrées à leur vérité, portant lunettes et pourtant belles, sérieuses comme des enfants et puis, au premier bruit, reprenant leur éveil au monde, comme des animaux aux aguets. Le temps ne la préoccupait plus. Elle savait bien sûr qu'il était compté. Elle n'espérait personne. A moins que cette chaise soit pour lui, pour qu'il vienne à elle, pour qu'elle sache. Il pouvait au moins attendre, remettre au lendemain ... Inutile. Il ne se montrerait pas. Quelque chose, toujours, le retiendrait. Il n'entrerait pas dans sa vie, sinon pour un éclat de seconde qui la pousserait dans la mort. Le roman policier semblait lui plaire. Dommage, elle ne connaîtrait jamais l'assassin. L'ambi¬guïté de la remarque lui fut étrangement douloureuse. Il sut qu'il devait se décider, même s'il la garderait un peu avec lui. Il avait déjà détruit les photos du dossier, mais il pouvait terminer le livre pour elle. Il bloqua sa respiration. L'index reculait lentement. Il était en train de gagner 25.000 dollars. Il ne se permit plus de sourire pour saluer ce titre qu'il retiendrait sans peine: «Vacances fatales » ».

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