Citroën ID, Renault Dauphine ou Quick Super: Franquin a toujours été un merveilleux dessinateur de voitures. Mais, surtout, il a été résolument moderne. Seccotine, petite bonne femme émancipée, roule en Vespa, perle du design. Avec la Turbotraction, Franquin a vu l'avenir. Le portfolio « Spirou Mécanica» regroupe les 8 meilleurs dessins de voitures de « Spirou et Fantasio» dans les années 50-60. Et Franquin de nous parler de ces belles mécaniques ...
Vos premiers « Spirou et Fantasio » témoignent déjà de votre attirance pour l'automobile ...
Franquin: J'ai été très « vroum-vroum ». La course de voi¬tures de « Spirou et les Héritiers » est inspirée par un Grand Prix de Francorchamps auquel j'avais assisté à l'époque de Fangio. J'y ai dessiné de fausses Ferrari et de fausses Lancia.
Dans quel environnement avez-vous créé la Turbotraction?
Franquin: La Turbotraction était inspirée de l'actualité. On a longtemps cru que la turbine allait remplacer le moteur. Chrysler faisait circuler des voitures dans le plus grand secret à travers les Etats-Unis. La « LeSabre » de Buick (Franquin semblait suivre avec intérêt la production Buick. La Quick Super en témoigne, N.D.L.R.) fut un autre exemple. L'ingénieur Grégoire préconisait la traction avant à la place de la propulsion arrière. La Turbotraction allie ces deux données. J'ai aussi essayé de faire une voiture très aérodynamique. Une préoccupation qui n'était pas très répandue, à l'époque. J'avais même fabriqué un modèle réduit en terre glaise.
Avec la Turbotraction 2, vous vous êtes moins amusé…
Franquin : Suite à la destruction de la première Turbotraction, un concours avait été organisé dans « Spirou ». Les lecteurs devaient envoyer des projets pour la nouvelle voiture de Spirou et Fantasio. On a reçu des centaines de propositions. L’influence des voitures de rêve des constructeurs américains est manifeste. Entre autres la Ford FX-Atmos. J’ai essayé de la faire très luxueuse. Nos héros étaient vraiment en train de s’embourgeoiser (rires). La Turbo 2 correspondait peu aux règles de la construction automobile. Elle était très fragile. Si c’était à refaire, je ne tiendrais plus compte de l’avis de lecteurs.
Pourquoi y a-t-il si peu de voitures inventées dans la bande dessinée ?
Franquin : Ma méthode d’Hergé a beaucoup été imitée. Il adoptait des voitures normales qu’il simplifiait très fort. Comme la majorité des dessinateurs, j’ai fait la même chose. On était prisonniers de la plausibilité. A l’époque, le lecteur s’attendait à rencontrer ses héros dans la rue. Les voitures devaient donc être crédibles. La Turbotraction était une tentative de me dégager de l’esclavage du modèle.