« Bob Fish à Bruxelles » est une image issue d'une des 3 moutures (voir l'indispensable « Les Inachevés » paru chez Champaka) du début de « Bob Fish 2 », un récit qui ne vit jamais le jour. La scène se déroule dans le quartier bruxellois des Marolles ravagé par la guerre. Fouillée dans le bas, dégagée dans le haut, cette image témoigne de l'art de la composition de Chaland. Emu de voir surgir cette image inconnue, François Schuiten, l'auteur des « Cités Obscures », nous livre ses impressions sur la Belgique selon Chaland.
Qu'est-ce qui fascine l'auteur de « Brüsel » dans cette image « belge » ?
Schuiten: Ce qui m'intéresse dans cette sérigraphie, c'est de voir comment Chaland a « rêvé » la Belgique sans vivre dans ce pays. Il a une façon de goûter à une série de détails typiquement belges. Je trouve extraordinaire que quelqu'un qui a imaginé la Belgique à travers Franquin et Tillieux reconstitue aussi bien Bruxelles et ses environs ...
La Belgique de Chaland a-t-elle réellement existé?
Schuiten: Même avec « Les Cités Obscures », ce type d'interrogation n'a jamais été mon problème. Pour que ce soit « belge », ou plutôt « bruxellois », il n'est pas véritablement important de dessiner des rues qui ont existé. En réalisant des compositions imaginaires, on peut créer des rues qui sont véritablement « bruxelloises ». Ici, le climat, via une série de détails, fait que c'est vraiment bruxellois. C'est plus juste que quelqu'un faisant un travail photographique. Ce n'est pas parce que quelqu'un vit en Belgique qu'il est mieux placé pour en parler. Le pouvoir d'attraction qu'avait Bruxelles sur Chaland a fait qu'il a transfiguré cette ville.
Dans cette sérigraphie, quels sont les détails spécifiquement belges?
Schuiten: les cheminées ... (rires). Lors de sa première visite chez moi, on a eu une discussion étrange sur les toits de nos villes respectives. Il estimait que « les tuiles à Bruxelles doivent être terribles pour un dessinateur. Pour faire courir ses personnages, c'est tellement mieux un toit parisien en zinc. La toiture est plus franche, plus simple à dessiner ». Moi, j'aimais beaucoup les tuiles parce qu'elles forment un réseau intéressant. On en a discuté un quart d'heure. Cela m'a frappé qu'il s'intéresse à des détails de ce genre.