Ted Benoit, l'inventeur de la Ligne Claire californienne, travaille à un nouvel album. L'imagerie l'aide à développer l'univers de son mythique Ray Banana. Amoureux des grands formats, Ted Benoit a réalisé un dyptique «Ray Banana – Piscines » (« Le maillot rouge » et «Les quatre chaises »). Et Champaka de lancer ECRAN TOTAL, la collection qui voit grand.
Pourquoi cette fascination pour les grands formats ?
Ted Benoît: J'ai toujours été fasciné par l'agrandissement de mes dessins et les hasards qu'il révèle dans le trait, comme par l'abstraction qui peut alors surgir d'un détail réduit à quelques zones de couleurs cernées (comme les sérigraphies géantes du Quick de la Place de la République). Si la Ligne Claire est une tentative de mettre le réel à plat, plus l'à-plat est grand, plus la tentative est jouissive.
Pourquoi avoir cherché à faire un dyptique ?
Ted Benoît: C'est un des cas où la somme de 1 + 1 fait plus que 2.
Les deux images sont décentrées ...
Ted Benoît: Il s'agit de faire passer l'émotion d'abord par la composition, et de vérifier que, en bande dessinée, l'important n'est pas ce qu'il y a dans les cases, mais entre les cases («La comète de Carthage » de Chaland étant le premier livre où cela ait été conscient). De même, une image tire sa force de ce qui n'est pas montré, mais laissé à l'imagination du spectateur.
S'il fallait définir la « ligne claire californienne » ?
Ted Benoît: C'est l'alliance d'un style dit «Ligne Claire » (ou assimilé) et d'une imagerie holly¬woodienne (piscines, les cabriolets américains, les pin-ups, le style L.A. Deco …). Alliance qui a, je suppose, été inaugurée par quelques dessinateurs cinéphiles comme Loustal et moi-même, et a fait le bonheur des publicitaires séguéliens et de multiples illustrateurs en mal d'inspiration.